Gestion de médias sociaux : Inked Magazine

Pour cette analyse critique selon les notions du cours de médias sociaux numériques, j’ai décidé de me tourner vers la gestion de la page Facebook de la marque Inked Magazine. Inked Magazine est, comme son nom l’indique, une revue de tatouage américaine. Sur le web, le magazine opère un blogue traitant de différents sujets qui touchent ou non, le tatouage (l’ergonomie du site est composée comme suit : Tattoos, Girls, Artists, Videos, Culture, Inked Shop and Inked Society). On les retrouve notamment sur Instagram et d’autres médias sociaux, où ils font la promotion de leurs articles, photographies et produits. Dans leur boutique en ligne (inkedshop.com), ils vendent des vêtements et accessoires pour hommes et femmes. Ces vêtements laissent la place à leur logo ou à la promotion de l’école de pensées du milieu du tatouage. Dans cette analyse, j’aborderai les similitudes entre la gestion des médias sociaux, plus particulièrement l’utilisation de la page Facebook de Inked Magazine et La Société du Spectacle de Guy Debord. En effet, le spectacle est perçu grâce à trois éléments bien ciblés, les spectateurs, la société du spectacle et la marchandise, que l’on retrouve également dans le milieu de Inked Magazine. Je traiterai ensuite, plus spécifiquement, du Chapitre 2 : La marchandise comme spectacle en fonction des deux marchandises que la page Facebook promeut soit le tatouage et le corps de la femme. Des femmes hypersexualisées et tatouées sont la marchandise que la société du tatouage met de l’avant sur ces médias sociaux. Finalement, je ferai une ouverture sur le Chapitre 3 : Unité et division dans l’apparence qui montre que certaines communautés s’opposent à la façon dont les magazines de tatouages ont de mettre de l’avant leur marchandise. Divers mouvements antiidéologiques montrent qu’un renversement serait nécessaire dans la manière de mettre de l’avant les peaux tatouées.

La société du spectacle dans la culture du tatouage

Depuis de nombreuses années, les magazines de tatouages sont utilisés pour rejoindre les gens marginaux issus de cette culture. On les retrouve entre autres dans les salons de tatouages où les adeptes peuvent les lire en attendant ou en subissant leur nouvel ornement. Bien qu’à une certaine époque, il s’agissait de rockers, de punks et d’une communauté plus marginale qui s’adonnait au tatouage, ce n’est plus le cas aujourd’hui (Martin, L.). Ce que l’on constate par contre, c’est que même si la clientèle cible s’est élargie aux hommes et aux femmes de toutes classes sociales, le marketing utilisé par les magazines de tatouages n’a que peu changé au fils des années. Le magazine dans une communauté agit fréquemment en tant que lien unificateur :   « En effet, les magazines informent et conseillent pour la consommation1, tout en étant eux-mêmes des produits de consommation : conçus pour un public bien ciblé, ils cherchent à en attirer l’attention et à le séduire pour le fidéliser2. La création d’une identité, d’une “ambiance” 3 y est donc essentielle. » (Desnica, M.). On remarque un style dominant dans la plupart des magazines de tatouages et leurs différents médias, celui-ci vise, de toute évidence, à séduire leur clientèle. On y met de l’avant des photographies de femmes, des modèles tatoués et hypersexualisés, beaucoup plus fréquemment que l’on parle de l’art des artistes du tatouage. Ces revues de tatouages qui sont dans le marché depuis si longtemps représentent donc, le pouvoir de la société du spectacle. C’est eux qui érigent les règles de la culture du tatouage et qui montrent les valeurs et les dogmes qui doivent être valorisés par cette société, que ce soit par le biais de leur magazine ou encore, par celui de leurs médias sociaux tels que Facebook. On constate d’ailleurs que Inked Magazine est l’un des pionniers du milieu du tatouage sur le web, avec leurs 11 873 930 abonnées sur Facebook et 1,7 million d’abonnées sur Instagram. Cette société comprend des hommes et des femmes tatouées ou non, mais qui prônent ce style de vie. Ils se laissent imposer ces publicités représentant des images de femmes dénudées ou dans une position de soumission face à l’homme (voir exemples en annexe).

La plupart des photos ne laissent que peu paraître le dessin du tatouage, laissant la place à un corps déshabillé. Inked Magazine parle pour l’ensemble de la société en imposant une image pour les représenter. Bien que les femmes, disposées comme dans un magazine érotique, n’aient aucun lien direct avec la création d’un tatouage qui correspond plus aux thématiques suivantes : le choix d’un style graphique, le dessin, les aiguilles, l’hygiène, le choix des couleurs, un artiste-tatoueur et une machine à tatouer. Les photographies de ces femmes ont un nombre très impressionnant (des milliers) de J’aime, de Commentaires et de Partages, ce qui prouve que les observateurs, la masse, approuve passivement cette représentation de leur société :

Le spectacle se présente comme une énorme positivité indiscutable et inaccessible. Il ne dit rien de plus que « ce qui apparaît est bon, ce qui est bon apparaît ». L’attitude qu’il exige par principe est cette acceptation passive qu’il a déjà en fait obtenue par sa manière d’apparaître sans réplique, par son monopole de l’apparence. (Debord, Chapitre 1, 12)

Les termes indiscutables et inaccessibles sont également représentatifs du spectacle dans la présence média sociale de Inked Magazine. En effet, dans une société de spectacle, ce qui est représenté (ici, la femme hypersualisexuée avec le corps paré de tatouages) semble inatteignable par presque tous les membres de cette société. Les femmes qui sont choisies comme mannequins sur la page de Inked sont pour la plupart des marginales avec des chevelures de couleurs inhabituelles, des piercings au visage, des boucles d’oreilles de type stretch ou des rastas. En plus de ce côté marginal, la plupart d’entre elles ont des attributs qui nous ramènent à celles des vedettes de la pornographie par chirurgie aux lèvres et aux seins, par exemple. Les membres  de la société pourront seulement effleurer cette représentation, dite parfaite, à chacun de leur nouveau tatouage. Par contre, l’accumulation de tatouages n’est pas intimement liée avec le côté plus sexuel que l’on voit dans ces représentations. Une portion où l’autre restera inaccessible pour la majorité des membres de la société du spectacle. On voit que les principes qui sont mis de l’avant par le magazine sur sa page Facebook ne laissent que peu de place pour les femmes dans le secteur du tatouage, mis à part si elles sont nues.

Debord mentionne que « Le spectacle est le capital à un tel degré d’accumulation qu’il devient image. ». Dans le cas du tatouage, on constate que ce qui est mis de l’avant sur les médias sociaux, ce sont des corps remplis de tatouage, ce sont donc ces corps qui deviennent images.  Nous sentons l’accumulation, non pas par le capital, mais par la façon d’accumuler les tatouages sur la peau. Bien entendu, le tatouage a un prix et il n’est pas dérisoire, on parle de plusieurs milliers de dollars pour remplir un bras, un tatouage que l’on appelle une « sleeve », manche en anglais et qui est assez commun. Sur la page de Inked magazine, ce n’est que très rarement ou plutôt jamais que l’on ne voit un seul tatouage, on n’y voit pas plus de séances de tatouage. On oublie donc la signification réelle d’un tatouage, pour laisser la place aux corps tatoués et à l’image qu’il nous renvoie. C’est cette accumulation de capital, de tatouages, qui nous obsède. On y prône l’accumulation de tatouages au point tel où l’on regarde le corps complet (l’image) et non seulement le tatouage. Dans le cas de Inked Magazine, le spectacle, l’image, est bel et bien représentée sous la forme d’une image, non pas seulement dans un sens figuré, mais la photographie est la méthode la plus utilisée pour diffuser leur contenu sur le web. Cette notion de capital est reprise lorsque l’on parle de la surutilisation du corps de la femme. C’est pour ainsi dire, que l’on ne sait plus si l’objet de contemplation de La Société du Spectacle est le tatouage ou la femme.

Sur leur page Facebook, Inked Magazine met de l’avant les photographies de ces femmes, mais également les articles de leur boutique en ligne. Les vêtements qu’on y retrouve ont les deux mêmes lignes directrices que les photographies féminines : elles servent à marquer le spectateur du sceau de sa société (l’identifier au groupe) ou encore, à montrer la femme comme un objet sexuel sans valeur. Des camisoles, t-shirts et chandails arborent simplement le logo de Inked, ou encore ont des slogans du type « Expansive skin », peau couteuse en français, faisant référence à l’argent qui est investi pour avoir une peau parsemée de tatouages. Le deuxième type de vêtements qui y est vendu est beaucoup plus dérangeant (voir exemples A, B, C). La paire de sous-vêtements avec l’inscription « Fuck me now », en français baise-moi maintenant, n’a qu’un seul but, ramener la femme à cette notion de marchandise, de femme-objet. Ce type de vêtements sexistes sont en vente autant pour la gent féminine que masculine. En résumé, Inked Magazine fait la promotion de leur marchandise pour inciter des spectateurs à porter les signes distinctifs de leur communauté, mais encore une fois pour mettre de l’avant des valeurs rabaissantes envers la femme.

Inked Magazine met définitivement de l’avant la création d’une communauté, d’une société comme ils l’appellent. Lors d’une visite sur leur site internet, un pop-up nous pose la question suivante : voulez-vous des choses gratuitement? Oui ou non. Une indication en haut à gauche, nous informe que cette question provient de Inked Society (voir l’annexe 2 pour des exemples de cette communauté). Comme nous pouvons le voir sur leur site internet, une section du menu du site internet désigne clairement une zone pour la société, elle est identifiée à l’aide d’un coeur pour se démarquer des autres. Une fois entrée dans la zone de la société, on constate que le capital et les gratifications sont des méthodes utilisées pour promouvoir Inked Magazine sur les réseaux sociaux. D’abord, on vous propose de relier vos différents médias sociaux avec votre compte d’admirateur Inked, plus vous liez de réseaux sociaux (Shopify, Pinterest, Tumbler, etc…), plus vous accumulez des points. Vous pouvez également accumuler des points en partageant les contenus de Inked Magazine sur les différents comptes que vous possédez sur les médias sociaux. Un tableau permet de savoir à quel niveau vous vous trouvez par rapport aux autres membres de la société. Des récompenses commencent à partir de 10 000 points et permettent aux membres de se mériter des accessoires de la boutique ou encore, des séances de tatouage. Le magazine utilise les membres de sa société afin d’augmenter sa notoriété sur les médias sociaux, une technique des plus « ingénieuse », si l’on peut dire. Inked Society compte actuellement plus de 2 500 membres et on y retrouve également une section V.I.P. (payante) pour avoir droit à du contenu exclusif. Le Spectacle selon Debord doit réunir pour séparé, c’est exactement ce que l’on ressent dans cette société où les membres sont réunis en tant qu’admirateurs. Inked Society invite les membres de sa société à compétitionner les uns contre les autres afin de se mériter la première position et les récompenses qui y sont associées. Ses gratifications peuvent être très longue à atteindre comme tenu du fait que le grand prix, une journée complète de tatouage requiert 500 000 points. Lier son compte Facebook à son compte d’admirateur Inked nous permet de cumuler 150 points, il va sans dire que Inked est beaucoup plus avantagé que ces membres avec ce système de récompenses. Aucune section de la société ne permet d’émettre des commentaires ou de discuter entre les membres de la société, on préfère donc diviser plutôt que d’unir. La seule action possible est de partager les articles (ce qui nous identifie à la société sur nos réseaux sociaux) pour se mériter des points supplémentaires et peut-être se remporter un chandail ou une tasse (qui nous identifie d’autant plus à la société).

Les marchandises mises de l’avant par Inked Magazine

La société du spectacle de Guy Debord est, comme nous l’avons vu précédemment, composée d’une société, elle est une partie de la société réelle. Le spectacle, quant à lui, est un mouvement, une vague, qui est soutenu par cette société. La société est représentée par les membres de la communauté de Inked Magazine sur Facebook, leurs admirateurs idolâtrent les images qui sont popularisées par la page (leurs nombres de J’aime en témoignent). Ces images, qui mettent en scène des femmes peu ou pas vêtues et arborant de nombreux tatouages, deviennent pour la société une source d’admiration. En résumé, la page de Inked Magazine parle pour l’ensemble de la société en montrant ce qui est beau et bon pour la communauté du tatouage. Ces femmes qui sont pourtant rares et minoritaires dans la société réelle sont la marchandise qui est le plus couramment mise de l’avant pour représenter le monde marginal du tatouage.

Cette forme de spectacle est présente partout dans le milieu du tatouage et pas seulement sur les médias sociaux : que l’on parle des tatouages de pinups, des couvertures de magazines mettant en vedette des mannequins féminins tatoués, des affiches et calendriers qui ornent les studios de tatouages ou encore, des Suicides Girls présentes dans les conventions de tatouages. Le milieu du tatouage a d’abord été un monde strictement masculin consacré aux soldats, aux marins et aux prisonniers (The Tattoo Museum, 2014), ce qui pourrait expliquer ces nombreuses marques du passée dans le monde du tatouage. Les femmes ont, elles aussi, adopté le tatouage, mais le type de femme qui l’arborait n’a pas aidé à effacer cette représentation sexiste qui frappe encore aujourd’hui :

À l’origine, le tatouage féminin se retrouvait essentiellement chez les femmes prostituées pour, par la suite, émigrer chez les hardeuses. Sa sortie de la marginalité, son expansion et son universalisation sont indubitablement liées à l’expansion et à l’universalisation de la pornographie.

On établit alors un lien très intime entre le tatouage et la représentation de la femme nue ou encore, la dégradation de la femme dans cet univers. Le tatouage a, en effet, un volet esthétique, séducteur et provocateur qui peut être amplifié selon l’endroit où se situe le tatouage. Certains tatouages tels que les tribales au bas du dos, les boucles derrière les cuisses ou les tatouages sur les seins sont issues de la pornographie.

La peau exhibée est également au centre de ces deux thématiques, comme le tatouage se fait sur la peau, il semble justifiable de devoir dénuder des modèles pour voir le travail accompli. Certaines images publiées par la page de Inked Magazine nous montrent qu’il ne s’agit pas simplement d’utiliser le corps de la femme pour vendre. Déshabiller la femme est une pratique courante dans le monde de la publicité et le milieu du tatouage n’en échappe pas  (L’hypersexualisation dans la société, 2017). Par contre, la page va encore plus loin en publiant des contenus qui sont considérés comme discriminatoires (voir exemple D, E, F). Ce qui est d’autant plus surprenant, car ce type de contenu peut être censuré par les utilisateurs sur des plates-formes telles que Facebook. On en comprend que les spectateurs sont tellement aliénés par la marchandise qui est véhiculée qu’il ne voit plus à quel point ce contenu est offensant pour le genre féminin. D’un autre côté, les photos qui ont été publiées et qui laissent paraître une très grande partie de peau semblent bien respecter les critères de Facebook en frais de nudité :

Nous supprimons les photos représentant des organes génitaux ou des fesses entièrement découvertes. Nous limitons également certaines images de poitrines féminines montrant le mamelon, mais nous autorisons néanmoins les photos de femmes lors de l’allaitement ou exposant leurs cicatrices post-mastectomie. (Facebook, 2017)

Inked Magazine respecte à la lettre les standards de la communauté Facebook pour exploiter au maximum la prise de photos à caractère sexuel, tout en étant conforme aux exigences de Facebook. Les organes géniaux sont parfois remplacés par de la nourriture (pointe de pizza, céréales, bonbons, etc.), cachée par des J-strings ou des mains. Le tatouage comme il se retrouve sur la peau, avec ces formes et couleurs donne l’effet qu’il habille la peau, lui aussi cache des portions du corps de ces femmes. Par contre, ce qui n’est pas montré laisse le pouvoir du regard et du hors-champ faire son travail et amène le voyeur à désirer d’autant plus les zones qui ne lui sont pas montrées (Foucault, 1976). Ces images sont partagées en grand nombre au lieu d’être identifiées comme inappropriées. En revanche, on peut constater qu’un bon nombre des photos qui sont partagées par la page sont identifié avec un logo en filigrane dans le coin en bas à droite (voir exemples G, H, I). Ces contenus proviennent d’un site internet qui a des allures de « réseau social » (Is My Girl.com. s.d.), vous permettant de rester en contact avec vos mannequins préférés. Bien que les parties génitales et les mamelons soient encore une fois cachés, on remarque que le contenu du site web est très explicite. Une majorité des femmes qui se trouvent sur cette plate-forme web ont le corps parsemé de tatouages et pourraient par définition représenter la marchandise de cette société. Inked Magazine fait de la promotion de contenu pour ce site et on remarque que sur chacune de ces publications de photos, plusieurs hommes (et non la femme sur la photo) sont identifiés. On pourrait en déduire qu’il s’agit des personnes qui ont fait la session de photographie, on ne s’étonne pas d’y voir une majorité d’hommes.

La marchandise, dans la Société du spectacle, est mise de l’avant dans une représentation, ce qui fait en sorte que l’on perd le contact avec l’objet lui-même. La promotion de la marchandise est faite sous sa forme la plus superficielle, la représentation de la marchandise devient donc plus présente que la marchandise en soi. Dans le cas de Inked Magazine, on délaisse l’art du tatouage pour laisser la place à la représentation provocatrice d’une femme-objet. La marchandise est, en définition, un objet de contemplation qui est consommée par la société :

L’aliénation du spectateur au profit de l’objet contemplé (qui est le résultat de sa propre activité inconsciente) s’exprime ainsi : plus il contemple, moins il vit ; plus il accepte de se reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir. L’extériorité du spectacle par rapport à l’homme agissant apparaît en ce que ses propres gestes ne sont plus à lui, mais à un autre qui les lui représentent. C’est pourquoi le spectateur ne se sent chez lui nulle part, car le spectacle est partout. (Debord, Chapitre 2, 30)

On mentionne ici que l’aliénation du spectateur au profit de ces images est le résultat de sa propre activité inconsciente. On en déduit alors, que le spectateur comprend le désir de ces femmes d’exhiber leur peau tatouée. La marchandise du spectacle est comme la femme et le tatouage, elle est un objet de contemplation qui aliène le spectateur au point où il le désire. Il est important de comprendre le tatouage en tant que tel et l’une des raisons pour lesquelles une partie des gens les portent c’est afin de mieux comprendre cet abandon de soi dont il est question dans la description de Debord. Dans une majorité des cas, le tatouage est le symbole d’une recherche de soi, d’une quête d’identitaire. Le tatouage leur permet de faire parti d’un groupe de le marquer sur leur peau tels un souvenir ou une marque distinctive. Lorsque l’on étudie le tatouage et sa signification, on réalise qu’il y a de nombreux liens à faire entre celui-ci, les médias sociaux et la représentation de la femme hypersexualisée. Tous les 3 existent à cause de notre désir d’être vu et d’exister par le regard de l’autre :

On pourrait qualifier notre société actuelle de scopique, pour y exister il faut être vu. Je suis vu donc j’existe. Il y a une dimension narcissique qui réclame d’être exhibée. Cependant il y a un regard qui préexiste au spectacle du monde.

Des images qui véhiculent la jouissance du regard. Dans le cas des réseaux sociaux, c’est avec la quantité de likes, de partages, de visualisations que l’on essaye de mesurer la valeur du plus-de-regard. Le regard, exclu de la symbolisation effectuée par la culture sur la nature, apporte la jouissance spécifique du spectacle et l’impératif surmoïque d’un pousse-à-voir scopique. (A.Quinet, 2004)

Les médias sociaux, les tatouages et les femmes hypersexualisées sont là dans le but d’être regardés, sans le regard d’autrui, ils n’ont plus aucune raison d’être. Les personnes qui se mettent en scène dans ces 3 contextes le font en quête d’admiration de la société, ils désirent se représenter devant le monde avec une certaine supériorité. Un côté narcissique est présent dans tous ces concepts qui les poussent à s’exposer aux regards. Les utilisateurs de Facebook, les personnes tatouées et les femmes dénudées décident de s’exhiber, de se mettre à nues, dans cette société de consommation extrême afin d’emmagasiner les regards et ainsi faire augmenter leurs nombres de J’aime. Lorsqu’une page telle que Inked Magazine utilise ces 3 thématiques scopiques, elle est certaine de s’assurer des regards et d’augmenter sa visibilité. Elle met à profit la marchandise que la société met sur un piédestal et aime admirer.

Le tatouage permet à ceux qui le portent d’appartenir à un groupe social (à la Société), mais également de favoriser le fantasme du désir. Ce désir est d’incarner la beauté et d’être l’objet du désir grâce à un corps idéal :

En d’autres termes, le tatouage, graphie du désir entendu comme mouvement de production d’univers psychosociaux, est évidemment à situer dans le champ de l’Autre et de sa jouissance. Se faire tatouer, c’est ainsi sexpeauser à l’Autre, lui offrir à consommer visuellement et psychiquement la projection de notre moi. (Peterson, M., 2010)

Ce moi idéal est poussé à un niveau supérieur lorsque ces images sont mises en scène, publié sur les réseaux sociaux et exposé à de nombreux regards. Le tatouage provoque également une jouissance auto-érotique qui fait en sorte que la personne tatouée idéalise d’autant plus son corps avec le ou les tatouage(s) à porter (elle se rapproche de la perfection). En plus de démontrer ce désir de féminisation et de perfection physique, les femmes dans les publications de Inked Magazine représentent un fantasme sexuel qui tire vers le masochisme : se faire pénétrer par les aiguilles (Barberis O. et Lippi, S., 2009). Le dicton, « il faut souffrir pour être belle » prend tout son sens lorsque l’on tente de se mettre à la place de ces femmes et de leur exhibition sur les médias sociaux.

La contradiction qui s’installe

Selon Debord dans le Chapitre 3 : Unité et division dans l’apparence, La Société du Spectacle est à la fois unie et divisée, un renversement fini par avoir lieu dans l’idéologie qui est mise de l’avant :

Les fausses luttes spectaculaires des formes rivales du pouvoir séparé sont en même temps réelles, en ce qu’elles traduisent le développement inégal et conflictuel du système, les intérêts relativement contradictoires des classes ou des subdivisions de classes qui reconnaissent le système, et définissent leur propre participation dans son pouvoir.

Dans le cas de la société du tatouage, tels que Inked Magazine, les contenus photographiques qu’ils mettent de l’avant ne répondent plus au besoin de tous les membres de cette société. En effet, puisqu’elle s’est largement étendue dans les dernières années, on constate que la façon dont les grandes pages de tatouages ont de dégradé et hypersexualisée la femme commence à choquer leur clientèle. Un renversement sera nécessaire afin de modifier l’objet de contemplation, la marchandise qui est valorisée par le pouvoir en place et de redonner cette place au tatouage et non, sa représentation. En lisant les commentaires sur la page de Inked Magazine, on constate que certains abonnés déplorent déjà leur utilisation des images et de la place que les femmes y occupent. Cela n’empêche pas la page d’être toujours au sommet de la popularité avec leur 11 millions d’abonnées sur Facebook.

Quelques mouvements ont déjà été créés sur le web, en dehors de la page et des contenus de Inked Magazine tels que le hashtag (#tatcalling). Il est utilisé pour dénoncer les commentaires  (réelles plus que sur les plates formes de médias sociaux numériques) désobligeants que certaines personnes dirigent vers les personnes tatouées. On constate que la plupart du temps, lorsque ce hashtag est utilisé, il dénonce une situation où un homme lance un commentaire sexiste ou à caractère sexuel à une femme tatouée (Konbini Channels, 2017). Ce hashtag est une forme de défoulement, une méthode mise en place afin d’ouvrir les yeux de la société sur la manière préconçue que nous avons de représenter et d’agir face aux tatouages lorsqu’ils sont sur le corps d’une femme. L’utilisation de ce hashtag est parfois utilisée avec une phrase-choc : « Still not asking for it » que l’on pourrait traduire par « Je n’ai toujours rien demandé. Elle dénonce les actes d’agressions à caractère sexuel qui sont faits ou dits dans la rue, lorsqu’une femme tatouée est agressée par un étranger. Un événement a même été créé avec ce slogan afin de ramasser des dons pour la fondation « Take Back The Night Foundation ». La société a déjà commencé à se révolter contre la manière dont les magazines de tatouages mettent de l’avant les tatouages ou plutôt les femmes, le renversement du langage dominant est en cours.

Pour conclure, la page Facebook de Inked Magazine utilise une stratégie de marketing web plutôt classique et commune qui vise à mettre de l’avant des photographies, promouvoir sa boutique en ligne et partager des contenus en ligne avec les thématiques qu’elle aborde. On perçoit les concepts utilisés par Guy Debord dans son texte la société du spectacle. Un parallèle a d’abord été fait entre le premier chapitre du livre qui traite de La Société du Spectacle et la société du tatouage sur la page de Inked Magazine. Ce magazine, avec ces millions d’abonnées, représente le pouvoir qui dirige la société du spectacle. Dans le deuxième chapitre de Debord, on aborde la marchandise à l’intérieur du spectacle et la manière dont elle est contemplée. Dans le cas de la page de Inked Magazine et de nombreux acteurs du milieu du tatouage, on constate que 2 objets de contemplation sont prédominants soit : le corps de la femme hypersexualisé ainsi que le tatouage en lieu même. La photo de la femme vient donc jouer le rôle de la représentation, de l’image du tatouage. Dans un dernier temps, on constante que cette idéologie n’est pas acceptée par l’ensemble de a société du tatouage et que certains mouvements se mettent en place afin de dénoncer les formes de harcèlements qui ont lieu dans le milieu du tatouage.

 

 

Bibliographie

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